samedi 16 janvier 2010

Linley Sambourne

Lord Linley était plutôt gros. D'un embonpoint à la limite du sain mais sympathique en tout cas. Ses paupières retombantes lui faisaient pourtant de petits yeux méchants.
.
Il avait mis au point un système ingénieux d'ouverture de porte pour éviter de sortir de son lit. Paresseux, il l'était incontestablement.
Mais fantaisiste en tout cas. La fissure sur son miroir était une branche de vigne.
Econome dans les détails. Le papier peint contournait les cadres; le tapis, la base des armoires.
Visionnaire si l'on veut. Le tapis, faux, était en lino. Le parquet aussi.

Il n'hésitait pas à se montrer ridicule sur les photographies. D'autant plus que ce jour-là
, Missis Hogarth s'était trompée dans les proportions de porto dans la sauce.


Sauce cumberland

1 grosse cuillère à soupe de gelée de groseilles
1 zeste d'orange hâché très finement
3 verres de porto (non pardon 1)
1 c.à c. de arrow-root (ou autre épaississant) dilué dans un verre d'eau
.
Diluer la gelée dans le porto dans une casserole à feu doux.
Ajouter le zeste hâché et porter à ébullition.
Lorsque ça bout, ajouter l'épaississant. Et remuer en laissant sur feu doux encore quelques minutes.
Servir avec un roti de porc.

mercredi 23 décembre 2009

Délicatesse

Et puis il y a ceux qui ne sont pas à leur place. Dont on voudrait bien se débarrasser en fait.
Transformer en petite souris et faire filer d'un bruyant coup de talon, je pourrais alors parler à mon aise avec R. de ce qu'il aurait tant voulu faire dans mon lit la veille.
Ou alors faire passer d'un état solide à liquide. Le parquet serait alors tout mouillé, ce qui ferait cogner le front de F. sur ma tête mais éteindrait sans doute le feu. Par contre nous éviterait des années d'indécision.

Mais S. peut fumer dans le bureau et D. n'a pas la permission de minuit. Alors R. parle des frais de construction d'une cabane dans les arbres et F. reste immobile à regarder les flammes.
Faire l'amour dans les arbres, se cogner dans les flammes ou mélanger la pomme et le panais.


Velouté de panais et de pomme verte
(pour S, D, F et R, ou pour 4 personnes)
.
1 oignon
2 gousses d'ail
1 pointe de couteau de graines de cumin
2 gros panais
1 pomme verte
3 grains de cardamome
3/4 de l. de bouillon de poulet
.
Faire revenir l'oignon et l'ail hâchés dans une grande casserole avec un filet d'huile d'olive et le cumin pendant quelques minutes.
Entre temps, peler et trancher les panais et la pomme.
Les jeter dans la casserole avec les cardamones égrainés et laissez cuire à feu très doux pendant 10 minutes en remuant de temps en temps.
Ajouter le bouillon de poulet et amener à ébullition. Laisser mijoter environ 15 minutes.
Passer au mixer et assaisonner de sel et poivre.
La couleur est fade voire repoussante mais le goût très délicat, addictif.

(Recette de Tarzile)

jeudi 19 novembre 2009

Chateaux en Espagne

A celles qui vernissent leurs ongles sans déborder
A celles qui n'évitent pas les boutiques sans mirroirs dans les cabines
A celles qui du haut de leurs talons n'ont pas l'air déguisées
A celles qui, assises, ne pointent pas des pieds pour faire leurs cuisses plus fines
A celles qui préfèrent la salade à toutes les sauces
A celle qui fermeront toujours la même tirette au fil des ans
A celles qui, buvant du vin rouge, n'ont jamais les lèvres mauves
A celles qui, même en string, ne se sentent éléphant
A celles qui ne connaissent pas la crainte d'un chiffre sur une balance
A celles qui se passent de commander un dessert
A celle qui voient les fêtes avec insouciance
A celles qui ne doivent se soucier de ce qu'elles ont l'air de derrière
A celles qui ne tirent pas sur leur pull pour cacher leurs soucis
A celles qui dans tout type de botte peuvent rentrer leur mollet
A celles qui mangent un cornet de frites comme une salade de fruit
A celles qui jamais ne s'endorment sur un "demain je m'y mets"




Trop parfait au chocolat
(pour 6)

.250 g de très bon chocolat noir
1,5 dl de café
150 g de beurre ramolli
4 jaunes d'oeufs
2 blancs d'oeufs
50 g de sucre
3 oranges

Faire chauffer le café et y faire fondre le chocolat. Quand le chocolat est fondu (ne pas laisser bouillir), retirer du feu et laisser reposer 10 minutes.
Ensuite, bien mélanger et ajouter le beurre ramolli.
Ajouter les 4 jaunes.
Battre les 2 blancs en neige ferme et les incorporer délicatement à la préparation chocolat.
Beurrer un moule à cake et le tapisser de célophane.
Verser le chocolat dans le moule et mettre au moins 12h au frigo.
Démouler et servir avec des rondelles d'orange.

mardi 3 novembre 2009

Tableau avec chasse


Tom est le genre de gars qui mange ses crottes de nez.
N'empêche qu'il m'avait invitée. Et c'était la deuxième fois.

La première fois je ne connaissais que lui, pour avoir partagé quelques bouteilles de vin, un macaron géant, quelques avis du destin, et des nachos, de temps en temps.
La deuxième fois, je n'y allais pas pour lui. J'y allais pour l'ocre et le noir violacé, le rouge et le vert-de-gris, le violet et le bleu écrasé, le vert forcé et l'orange cramoisi...
Entre les montagnes couvertes d'une moquette ambrée et la techno abrutissante, entre les lacs aux eaux violées et la country lancinante, on sillonnait la route à fond.
Le cerf est dans la voiture. Ses petits sabots sont recroquevillés et sa langue pend. Il sent mauvais. Une odeur masculine, un peu moisie déjà. Sur le chemin du retour, j'avais été très émue par ses pattes molles qui battaient les herbes. Dans la jeep, malgré l'odeur et sa langue toute proche, je l'oubliais en regardant les vaches, mèche au vent, et les moutons, ventre ballottant de gauche à droite.

L'allée est cabossée. Des trous, des dindons en liberté, un paon, et des animaux verts à l'aspect monstrueux: une grenouille à 3 yeux, un hibou à queue, une tortue sans pattes.

Les chasseurs sont fatigués. Le phoque empaillé dans l'entrée n'a pas bougé. Les papiers peints fleuris non plus. Par contre ils sentent mauvais. Le pipi de chien. Patience dit qu'elle ne s'embête pas avec ce genre de choses, elle préfère son jardin.
Tous ils brûlent de se réchauffer, enlèvent leurs chaussettes et me retrouvent à la cuisine

Patience a une grande cuisine. Avec des canards géants plaqués contre les murs, une cuisinière démesurée qui ne s'éteint jamais, une théière difficile à soulever, de grosses boîtes de gateaux très bruns encore chauds, des armoires trop hautes et un frigo grossièrement obèse. Dans la salle à manger, l'agenterie attend son tour bien sagement et les trophées qui ne servent plus depuis longtemps restent alignés en une frise un peu glauque. A la fenêtre, au loin, la mer claque et la prairie verte fait mal aux yeux. Je suis pieds nus.

Hot Toddy

Ingredients pour un adulte

eau bouillante
2 c. à s. de whisky
1 c. à c. de miel
1 rondelle de citron
1 bâton de cannelle
1 clou de girofle

Mettre la cuillère de miel dans un mug et le dissoudre avec un fond d'eau bouillante.
Ajouter le whisky.
Remplir le reste d'eau bouillante.
Ajouter le bâton de cannelle, le clou de girofle et la rondelle de citron.
Attendre quelques minutes.
Enlever le bâton, le clou et la rondelle.
Bien mélanger.
Et boire. Et se réchauffer. Et ne pas pleurer.

lundi 5 octobre 2009

Le baron noir

Il aurait pu.
Il aurait pu s’avouer amoureux et dépressif à cause de moi,
Il aurait pu danser le tango sur le 21ème air d’Orphée et Eurydice au milieu de la rue en pleine nuit parce qu’il était content d’être avec moi,
Il aurait pu ne pas m’avoir choisie pour l’accompagner au concert, m’avoir plantée à la moitié de la symphonie et ne pas avoir plus insisté pour que je reste vivre avec lui parce qu’il avait les pieds froids,
Il aurait pu ne pas avoir voulu rentrer à pied simplement parce qu’il était très fatigué,
Il aurait pu m’avoir montré les endroits préférés les plus glauques alors qu’il n’y a jamais emmené personne d’autre,
Il aurait pu m’emmener manger un curry brûlant, des dim sum dans un immense restaurant vide à 11h du matin, de la purée de maïs dans un snack péruvien caché dans un shopping désaffecté, partager une mousse au chocolat autrichienne dans le bar d’un musée surpeuplé pour me tester,
Il aurait pu venir Là-bas pour rencontrer mon Bon-papa et prendre l’avion avec moi,
Il aurait pu me demander ce que je pense de ses nouveaux pantalons taillés sur mesure dans du lin italien et de ses cadres en bois parce qu’il trouve que j’ai bon goût,
Il aurait pu ne pas répondre à mes questions et rester souvent silencieux parce qu’il pense à la même chose que moi ou qu’il sait qu’il n’a pas besoin de parler quand il est avec moi,
Il aurait pu avoir voulu m’emmener au restaurant argentin ou au thaï funèbre parce qu’il aime ma compagnie,
Il aurait pu être vraiment jaloux de ce rouge à lèvre quand j’ai enlevé mon manteau et que je lui ai montré ma nouvelle robe bleue que j’avais mise pour Tom,
Il aurait pu m’appeler pour redécorer son appart parce qu’il n’avait pas de meilleur prétexte pour me revoir,
Il aurait pu me prêter ses baffles, son i-pod et son lit parce que c’est moi,
Il aurait pu vouloir échanger nos musiques pour mieux se connaître,
Il aurait pu n’oser s’énerver que je n’aie pas mis de sac dans la poubelle ou la cafetière sur la bonne taque, m’ordonner de venir que parce que -encore- c’est moi,
Il aurait pu vraiment aimer entendre ma voix au téléphone,
Il aurait pu me dire que ses amis trouvent que je l’ai changé en le pensant lui aussi,
Il aurait pu attendre pour du vrai cette fille qui aime le vin rouge et qui allait l’appeler, dans son lit, un verre à la main et ne pas parler de ce coup de téléphone qui a suivi parce qu’il était troublé
Il aurait pu ne pas écouter Tatu et Placebo, ni aimer la rhubarbe par hasard,

Mais il aurait pu mentir en disant qu’il était amoureux et dépressif ou l’être pour une autre, danser parce qu’Eurydice ou Hélène le rendait content, ne pas avoir besoin de moi pour l’accompagner au concert ou pour occuper la chambre, m’avoir emmenée dans ses endroits préférés parce que je n’avais rien d’autre à faire et qu’il ne voulait pas y aller seul, venir Là-bas pour rencontrer des filles, faire appel à mes goûts parce qu’un avis féminin est toujours indispensable, laisser des blancs parce qu’il s’ennuie, m’inviter au restau parce qu’il avait faim, blaguer sur le fait qu’il pourrait devenir jaloux, avoir besoin d’une bonne fille pour pendre ses cadres et faire son lit, me prêter ses affaires comme il fait avec n’importe qui, avoir envie de découvrir des nouveaux morceaux, être un petit dictateur frustré, un dragueur assez banal.



Ajvar

une dizaine de gros poivrons rouges
8 c.à s. d'huile d'olive
sel
1 c. à s. de paprika en poudre
1/2 c. à c. de poivre de cayenne
piment d'espelette
3 pincées de cannelle
1 pointe de couteau de la Chinata (poudre de parika fumée)
.
Couper les poivrons en 4. Epépiner et enlever la queue.
Placer les sur le ventre sous le grill. Quand ça sent le brûlé et que la peau est noire et pète, les sortir du four. Laisser refroidir un peu puis arracher la peau.
Peser 700 gr de chair de poivron et hâcher menu.
Faire cuire à feu doux en remuant bien (pour retirer toute l'humidité) sinon ça brûle.
Ajouter 1 à 2 c. à s. d'huile d'olive et re-remuer.
Ajouter les épices, le sel, le poivre.
Rajouter le reste de l'huile petit à petit, tout en remuant régulièrement. Laisser sur le feu une demi-heure à une heure. Et toujours, remuer, remuer...
Mettre en pot. Et manger sur de l'agneau rôti ou un morceau de parmesan. Ou sur du pain avec du saucissson à 3h du matin juste avant la gueule de bois.